Anachroniques

21/05/2017

Pourquoi l’exil est l’antidote des cérémonies commémoratives

Frappier Désirée et Alain, Là où se termine la terre. Chili 1948-1970, Steinkis, 2017, 262 p. 20€
Voici un chef d’œuvre de bande dessinée historique. Il s’agit d’un récit de personnage qui raconte sa vie. Une autobiographie, si on veut, mais avec la distance d’auteurs (Désirée et Alain Frappier) qui ont recueilli ce récit et le transcrivent dans le genre de la bande dessinée. Le personnage témoin est Pedro Atias fils du romancier, essayiste Guillermo Atias. Le roman graphique part de souvenirs de famille : l’exil économique du grand-père qui part du Liban vers Valpairaiso au Chili. Il s’y mariera et aura, en 1917, un enfant, Guillermo, futur père de Pedro.
Durant sa scolarité à l’école de l’Alliance, Pedro va être confronté à l’histoire officielle enseignée qui s’enorgueillit d’autant de l’indépendance du pays qu’elle passe sous silence le génocide des indiens Selkman, sur lequel cette indépendance s’est bâtie en parfait prolongement des massacres perpétrés par les différents colonisateurs de cette immense bande de terre. Parce qu’il raconte aussi l’histoire de son père et de sa mère, le récit montre les liens de subordination de l’économie et des gouvernements du Chili au pouvoir américain, alors que la guerre froide structure les diplomaties du monde. Il parle longuement de la school of the America, créée en 1946 dans la zone américaine du Panama, et destinée à former les forces répressives et militaires des pays d’Amérique latine contre les forces du mouvement des ouvriers, partis et syndicats. De là sortira le Kubak, ce manuel à l’usage des agents de la CIA inspiré des méthodes de tortures et de renseignement utilisées par la France durant la guerre d’Algérie. On retrouve dans le Kubak, l’enseignement de deux français, Aussaresses et Lachenoy, appelés comme instructeurs par les USA.
Le récit fait état des différentes candidatures de Salvador Allende à la présidence de la République ; la manipulation des élections de 1964 où le candidat démocrate chrétien Eduardo Frei, financé par la CIA, soutenu par le Pape, l’emporte contre lui. Le récit met en scène les débats qui traversent les opposants à partir de l’immense espoir soulevé par la révolution cubaine, le développement des mouvements révolutionnaires dont le MIR (Movimiento de la Izquierda Revolucionaria) auquel appartient le personnage de l’autobiographie, Pedro. La mobilisation contre la guerre du Viêt-Nam dont Kennedy fut un âpre partisan, a favorisée la conscience internationaliste de nombres de militants anti-impérialistes. Les rapprochements entre la lutte des afro-américains et du Black Panther Party et les révoltes des paysans mapuches, mais aussi les conditions de servitude dans lesquelles le pouvoir chilien maintenait l’immense majorité de la population aiguisent l’effervescence sociale dans le pays. L’impact de la pédagogie de la libération de Freire est abordé, comme est relevé le développement de la théologie de la libération contre l’église vaticanesque et le pouvoir politique dont elle est complice. L’année 1968 est l’objet de plusieurs scènes où sont convoqués les événements internationaux dans leurs répercussions dans le domaine politique au Chili. Le coup d’état manqué de Viaux le 21 octobre 1969, montre comment les Etats-Unis avaient mis les pays d’Amérique latine sous surveillance étroite afin de faciliter la mise en place de dictatures militaires à leur botte.
Durant toute ce roman d’apprentissage, le personnage souligne l’importance des arts, notamment celle de la chanson chilienne et le dur combat que dut mener Violeta Parra et à sa suite, les chanteurs et chanteuses chiliennes qui se donnent pour tâche de réveiller puis de maintenir en éveil « la respiration du peuple », contre sa muséification dans le folklore.
L’année 1970 voit la victoire de l’Unidad Popular (Unité Populaire) d’Allende. C’est l’occasion de plusieurs planches décrivant la liesse populaire mais appelant, aussi, l’ombre des commandos d’extrême droite comme par exemple le commando Rolando Matus du Parti National. Le livre se clôt avec le coup d’état de Pinochet le 11/09/1973, et la litanie des personnages croisés dans le livre et disparus, tués, assassinés, contraints à l’exil.
Grâce au dispositif narratif à la première personne, Désirée et Alain Frappier n’engluent pas la fiction dans le didactisme. L’histoire prend corps, car elle suit le cheminement affectif et politique d’un personnage plongé dans les vicissitudes sociales de la période historique traversée. De plus, chose d’une extrême rareté, Là où se termine la terre, ce roman d’apprentissage, prend la configuration de la genèse d’un NOUS, Pedro s’émancipant grâce à la socialisation de l’engagement militant.
Outre ces raisons d’ordre esthétique - qualité du dessin en noir, gris et blanc -, géographique – travail soigné dans l’évocation des paysages si changeant du Chili) -, historique, l’album présente l’avantage de témoigner de « l’obstination de la mémoire ». Or notre époque est une époque où le présent emporte tout, lénifie tout, arase les reliefs des faits jusqu’à les rendre virtuels ; or, si « la responsabilité commence dans les rêves », comme l’écrit Antonio Tabucchi, encore faut-il que la personne connaisse le réel dont le réel historique. Si le vingt-et-unième siècle fait un usage nauséeux de la commémoration, c’est que, pour les pouvoirs politiques, elle est à la mémoire ce que le vernis est à la peinture, une brillance mensongère de la couleur même des faits.

Philippe Geneste

14/05/2017

Cacha-Diabolo, la Sorcière

Causse Rolande, Camille Claudel, La sculpture jusqu’à la folie, édition Oskar, collection Art Société, 2014, 155 pages
Le portrait de couverture de ce livre, crée par Georges Lemoine et Serge Bachelier, tente déjà de recueillir et d’assembler quelques fragments qui semblent de terre cuite pour composer un très beau visage de jeune fille. Selon cette image, Rolande Causse, par les phrases claires et sensibles de cette biographie si bien écrite, narre la vie de Camille Claudel et entrelace les liens entre l’œuvre de l’artiste et son histoire tourmentée, nous la donnant à connaître et à comprendre.
Née le 8 décembre 1864 peu après le décès d’un premier enfant, Camille est rejetée par sa mère, Louise Adélaïde, qui lui préfère sa seconde fille Louise, si obéissante, si sage, née treize mois plus tard. Le benjamin, Paul, plus jeune de quatre ans, n’attire que l’indifférence de sa mère, et plus tard sa colère lorsqu’il suit sa sœur aînée dans ses vagabondages et bientôt son goût pour la création. Tout au contraire, Louis Prosper, leur père, a pour eux une affection bienveillante. Toute sa vie durant, il va favoriser leurs penchants, Camille pour le dessin et la sculpture, Paul pour la littérature et la poésie.
Cacha-Diablo, tel est le surnom donné à Camille par Victoire, servante de Madame Claudel, dame qui initia les promenades aventureuses des enfants dans la campagne Champenoise avant de devenir l’un des premiers modèles de Camille. Cacha-Diablo c’est la fillette aventureuse qui entraîne son petit frère au bout des chemins, là où les rochers de grès prennent des formes indicibles, d’étranges silhouettes, là où la terre mêlée à l’eau des ruisseaux est recueillie, comme l’argile que ses mains d’enfant malaxent, façonnent en des personnages de plus en plus élaborés. C’est dans cette nature, au creux d’une grotte, tandis que le soleil vient éblouir sa danse, qu’elle se dit « Sorcière », tandis que l’écho propage son cri, devant son petit frère médusé. Instants d’échappée où l’on s’affranchit de la tutelle maternelle et de ses mots méchants, où l’on se salit, vêtements, mains et visages plein de boue, où l’on mêle son corps à la terre, instants où jeux et curiosité composent l’alchimie de la création. Moment de tristesse aussi, lorsqu’au lendemain, on découvre les brisures des personnages d’argile. A l’image du portrait fissuré de la couverture, la terre cuite a besoin, en ses premières heures, d’être recouverte, protégée.
Lorsque la famille Claudel s’installe à Paris, Camille continue ses errances, mais maintenant dans la grande ville. Musée du Louvre, jardin du Luxembourg, église Sainte Geneviève, détour d’une rue, tout conduit à une œuvre d’art. Tandis que Paul est inscrit au lycée Louis le Grand, Camille suit des cours de dessin et de sculpture dans une école réservée aux jeunes filles. L’école des Beaux-arts, moins chère, est réservée aux garçons. Les filles en auront l’accès qu’au début du XX siècle. A peine âgée de 17 ans, comme elle le fit adolescente en Champagne, Camille crée son atelier où la rejoignent trois de ses amies de l’école. Là, l’artiste Alfred Boucher qui, engagé par Louis Prosper, fut son professeur, vient les encourager, les conseiller. Obtenant une bourse d’étude en Italie, il doit partir. Mais avant son départ il introduit dans l’atelier le renommé Auguste Rodin. Impressionné par les premières œuvres de Camille, comme La vieille Hélène (modèle : Victoire) ou le buste de Paul Claudel enfant, le maître invite la jeune fille à visiter ses ateliers. Très vite elle devient l’une de ses praticiens. Ce travail consiste à dégrossir la pierre, la polir, la façonner suivant les dessins d’une œuvre. Elle va bientôt réaliser les pieds, les mains de quelques personnages de La Porte de l’Enfer dont elle esquisse aussi certains visages. Comme pour La jeune fille à la gerbe de Camille Claudel et Galatée d’Auguste Rodin, l’inspiration de nombre de leurs œuvres se confond.
Les deux artistes deviennent amants lorsqu’elle a tout juste 20 ans, lui 44, mais surtout des habitudes de séducteur et de confort affectif auprès de sa compagne, habitudes et confort qu’il ne sait rompre, malgré sa passion pour Camille. Son amour pour elle est ainsi trahi. Dans son grand tourment, la jeune femme désespérée confond abandon amoureux et rejet de son art. A l’image du portrait de Camille, l’âme délaissée se brise et ce qui faisait son charme et sa force s’éparpille, au souffle de la trahison.
Dans son nouvel atelier, Camille vit en recluse. Elle se sent rejetée par la société des hommes qui, de fait, la nie en tant qu’artiste femme (on la dépeint comme sœur de poète et égérie de sculpteur). Son identité est ainsi bafouée, de même que dans certaines expositions, ses œuvres sont reléguées en des coins obscurs, alors que celles de Rodin sont mises en évidence. La reconnaissance de ces admirateurs et admiratrices n’y peut rien, Camille détruit la nuit des sculptures qu’elle crée le jour, elle s’éloigne du monde qui lui fait peur et qui la rejette, ce monde qui la blesse autant qu’il la menace.
En 1913, à la mort de son père, qui l’a toujours protégée et qui a subvenu à ses besoins, Louise-Adélaïde sa mère et son frère Paul décident de l’interner. La mère est toujours aussi dure et sans compassion, sans tendresse ; le petit frère qui la suivait partout, le jeune poète qu’elle encouragea et dont elle fut la complice est maintenant un homme reconnu dans son art et d’une fortune confortable qui la délaisse, et d’une certaine façon, lui aussi, la trahit. Ce petit frère Camille la recluse l’espère, l’attend, mais il ne lui rend visite que 14 fois en trente ans et ne répond jamais à ses demandes de liberté.
Au mi-temps de la seconde guerre mondiale, en 1943, Camille se meurt de froid, de faim, comme nombreux rejetés de la société le furent dans l’indifférence et le mépris qui figèrent ces « folles », ces « fous », ces êtres fragiles détestés par la normalité car ils pourraient la faire basculer.
Au dernier chapitre de cette très belle biographie, Rolande Causse présente quelques raisons qui inciteraient à s’attacher à Camille : l’enfant détestée par sa mère, la petite fille aventureuse, l’artiste en herbe puis l’artiste de génie, l’amante passionnée, la femme brisée et incomprise, l’internée de force, la victime d’une société ignoble, inhumaine ; on n’en retire aucune de ces Camille, elle est tout entière et sans brisure en nous en son portrait de très belle jeune fille. Pour la jeune lectrice, le jeune lecteur aux yeux brillants et rougis après des heures à effeuiller ces belles pages, de petits Cacha-diablo, des diablotins enfouis en elles, en eux, viennent de s’éveiller, viennent les exciter pour des moments de récréations, des envies de création.

Annie Mas

07/05/2017

Ecouter la littérature pour mieux l’entendre

Pef, Le Petit Motordu, raconté par Olivier Chauvel et Julie Kremer, Gallimard jeunesse,  40 p.+1 CD 14mn, 9€90
Nous voici au début de la longue vie de Motordu (première histoire en 1980) avec des parents qui se désespèrent car dans la famille Motordu, on ne parle pas droit pour rester roi. Or, le petit Motordu parle sans paronymie, sans métathèse, bref, il parle normalement ! C’est une atteinte à l’honneur familial. Heureusement, avec leur méthode particulière, faite de beaucoup de hasard, les parents vont lancer leur rejeton dans l’apprentissage tordu des mots déroutés. Un régal, que magnifie la version racontée par Chauvel et Kremer, où explose l’humour indissociable des aventures du petit prince des mots tordus…

Leprince de Beaumont, La belle et la Bête, lu par Jacques Bonnaffé, Gallimard, 2015, 1CD 50’, 15€
Voici une magnifique interprétation du conte deMadame Leprince de Beaumont. Jacques Bonnaffé varie sa voix, jouant des transferts de personne en imitant de la voix la scénarisation discursive (1), emportant le jeune lectorat dans le monde fiévreux de la Bête autant qu’en lui permettant de s’identifier à l’honnêteté sentimentale de la Belle. La mise en musique subtile d’Isabelle Abouker met clarinette, piano et voix au service de la dramatisation toute intérieure des événements du monde qui touchent le riche marchand devenu pauvre et sa famille. Une grande leçon de lecture et de mise en scène audiophonique.

Modj Souleymane, L’Antilope et la panthère et autres contes africains, illustrations de Justine Bax, Milan, 2012, 24 p. + 1 CD, 15
Il s’agit de contes peul, bambara ou wolof. Un glossaire permet de retrouver le sens de ces mots prononcés durant les cinq contes qui composent le recueil. Le livre, vingt-quatre pages cartonnées, est très richement illustré par Justine Bax à qui on doit un travail d’illustratrice parmi les meilleurs sur  Histoires comme ça de Kipling. Elle interprète le conte plus qu’elle ne l’illustre et c’est toute la dimension de l’imaginaire du conte qui est convoquée. Chaque conte ressemble à s’y méprendre à une fable, car chacun se termine par une morale très didactique. Modji propose sur le CD une interprétation intimiste très proche de la tradition orale africaine, avec un accompagnement musical. Bien que cet album-CD soit destiné aux enfants de 4/7 ans, il peut être entendu à tout âge.

Stevenson Robert Louis, L’Île au trésor, lu par Patrick Poivre d’Arvor, Gallimard jeunesse, 1 CD mp3, durée d’écoute 4h. 18€90
Voici une version audiophonique du chef d’œuvre de Stevenson paru en 1883, légèrement abrégé, lu à partir de la traduction de l’anglais réalisée par Jacques Papy.
La fabuleuse histoire de Jim Hawkins qui habitait en 1800 à l’auberge de l’Amiral Benbow, tout au bord de la mer, en Angleterre, est une des œuvres majeures de l’écrivain écossais. L’Île au trésor repose sur l’aventure et les personnages relèvent de la légende et non de la psychologie. Pour Stevenson, la littérature romanesque, le récit, c’est l’aventure : « Ce sont les événements non les personnages, qui nous arrachent à notre réserve ». Les événements sont ce qui forme, ce qui in-forme, ce qui introduit par la forme du contenu qui va se réaliser en une histoire. Ils sont la forme, pas le contenu. Peut-on, alors, dire que si le récit est à l’origine du langage comme bien des remarques scientifiques, anthropologiques et philologiques semblent nous inviter à le penser, est-ce parce que l’événement est ce qui fonde la venue du langage lui-même, s’y love comme nœud de la pensée verbale ? 
Si, maintenant, on pense l’appartenance de L’Île au trésor au domaine de la littérature destinée à la jeunesse, doit-on y lire un manifeste antiréaliste ? Stevenson écrit : « Le roman existe, non par les exemples qu’il entretient avec la vie, inévitables et matériels, tout comme une chaussure est faite de cuir, mais par son incommensurable différence d’avec elle ». L’idée est donc que les événements font surgir des images. Ecoutons Jim Hawkins, c’est au début du roman lu avec sobriété : « Si ce personnage hantait mes songes, il est inutile de le dire. Par les nuits de tempête où le vent secouait la maison tandis que le ressac mugissait dans la crique et contre les falaises, il m’apparaissait sous mille formes diverses et avec mille physionomies diaboliques. Tantôt la jambe lui manquait depuis le genou, tantôt dès la hanche ; d’autres fois c’était un monstre qui n’avait jamais possédé qu’une seule jambe située au milieu du corps. Le pire de mes cauchemars était de le voir s’élancer par bonds et me poursuivre à travers champs ». Mais alors, ce qui est un parti pris formel chez Stevenson, souvent souligné par la musique de Caroline Glory et de Zorica Stanojevic (violon et violoncelle), peut-il être appliqué tel quel à la littérature de jeunesse ? C’est une question difficile, mais quand on voit comment les romans historiques (1) sont pervertis en romans d’aventure, on peut penser qu’il y a là une opération fondatrice de la littérature de jeunesse. Pour autant, il serait faux de faire de Stevenson l’initiateur de cette opération car il ne perverti pas le contenu, comme le fait souvent le roman social ou le roman historique pour la jeunesse, il le met en forme par les événements. C’est, sans aucun doute, une piste à creuser pour qui s’intéresse au fonctionnement de la littérature de jeunesse contemporaine.
Philippe Geneste

(2) voir Geneste Philippe Les axes de la préoccupation sociale dans le roman pour la jeunesse suivi de Le roman historique pour la jeunesse et L’heroïc fantasy source prolifique du récit pour la jeunesse in Dupont-Escarpit, Denise, La Littérature de jeunesse, itinéraires d’hier à aujourd’hui, Magnard, 2008, pp.399-433. 

30/04/2017

Une propédeutique tranquille à la lutte pour l’égalité et contre la soumission

Langlois Denis, La Politique expliquée aux enfants, SCUP éditions, 2017, 141 p. 7€
Denis Langlois avait publié aux éditions ouvrières L’Injustice racontée aux enfants, avec des illustrations de Françoise Boudignon, lorsque, en 1983, les éditions Les Lettres Libres de Serge Livrozet publient La Politique expliquée aux enfants. Denis Langlois est un pionnier de ces livres qui notifient, par leur titre argumentaire, le lectorat de l’enfance. Bien des années plus tard, le procédé servira de ligne éditoriale à des collections chez divers éditeurs. C’est ce livre et ses dessins de Plantu, augmenté d’extraits de la convention internationale des droits de l’enfant (signée à New York en 1990) que reprend l’édition SCUP en lien direct avec le site la-politique-expliquée-aux-enfants.fr. Voici comment Denis Langlois nous a explicité la réédition : « SCUP est en fait un ami libraire, Michel Lebailly, qui a décidé de se lancer dans l'édition. Militant pacifiste et écologiste, journaliste associatif, il a tenu une librairie à Paris, aujourd'hui une en Normandie, à Caudebec-en-Caux. Ayant une formation d'informaticien, il crée aussi des sites d'auteurs sur Internet. Il a notamment réalisé mon site personnel et un site pour le livre "Pour en finir avec l'affaire Seznec". Satisfait de ce dernier qui m'a permis de nombreux contacts avec des lecteurs et plus généralement des personnes intéressées par l'affaire Seznec, je lui ai demandé de créer un site consacré à "La Politique expliquée aux enfants" où je voulais publier intégralement et gratuitement le texte actualisé et les illustrations de Plantu. C'est ce qu'il a fait, mais il a trouvé dommage qu'il n'y ait pas un livre-papier correspondant à un prix "démocratique". Voilà pourquoi tu as ce livre entre les mains. C'est un pari que nous tentons. Les éditeurs font généralement le contraire : ils éditent un livre-papier, puis en proposent une version numérique un peu moins chère. Notre démarche militante est différente ».
En cette période électorale, l’ouvrage possède une pertinence certaine. Toute identification à une personne est une propédeutique au développement du pouvoir coercitif. Croire que le prestige de la loi s’explique par le prestige de la personne de qui nous la tenons relève en effet de la personnalisation du pouvoir.
C’est une désintoxication au commandement dont les êtres humains ont véritablement besoin pour se dresser en travers des volontés de puissance et de guerre. Toute guerre a pour racine la volonté de la domination, de l’accaparement de territoires ou de richesses, bref, toute guerre est intimement liée au désir de possession donc, aussi, à la propriété : « on se bat encore pour l’honneur, pour la gloire, pour le drapeau, pour la patrie, pour la religion. Parce qu’on se croit supérieur aux autres, parce qu’on ne supporte pas qu’ils soient différents de nous, parce qu’on souhaite les dominer ». La hiérarchisation des êtres se lit dans la hiérarchisation des fonctions sociales, des métiers, des salaires, des langages. La hiérarchisation c’est le révélateur légitimant de l’injustice. Elle fonde la compétition dont l’économie et le sport sont les deux propagandistes les plus acharnés. Contre la tyrannie de l’opinion dominante érigée en vérité, le principe à appliquer c’est de faire ce que l’on dit et de dire ce que l’on fait, le principe n’étant réel que si les deux orientations, celle du dire au faire et celle du faire au dire, sont effectivement présentes dans nos actions.
Le livre est porté par l’espoir que change « la manière dont les hommes vivent sur la Terre ». La vie en proximité, est évoquée, en ce qu’elle pourrait permettre à chacun et chacune de coopérer, hors toute hiérarchie des tâches, à la vie sociale et au combat contre les inégalités et les aspirants et aspirantes hiérarques. Pour autant, cet espoir ne peut trouver ancrage que s’il englobe la dimension internationale, car « aussi longtemps que ceux qui ont eu la chance de naître dans les pays riches se considéreront comme supérieurs, aucun progrès ne sera possible ».
Ce livre est un chef d’œuvre en ce qu’il parle vraiment aux enfants, qu’il leur est accessible et ne verse jamais dans la mièvrerie ou les bons sentiments qui nuisent à tant d’ouvrages de la bien-pensance pour la jeunesse. De plus, il met en pratique une définition magnifique de la lecture : « En fait, ce ne sont pas les livres qui sont importants. Mais ce qu’on pense, ce qu’on rêve, ce qu’on fait après les avoir lus ».

Philippe Geneste

22/04/2017

Récits des champs, récits des villes, d’ici et d’ailleurs

Tariel Adèle, 1000 vaches, Julie de Terssac, le Père Fouettard, 2017, 18 p. 13 €
Représentation d’une ferme de petit paysan, c’est-à-dire d’un agriculteur qui n’est pas un industriel. Ferme d’antan diront certains, mais ferme d’aujourd’hui si le choix politique, économique et social en était fait. Et là est tout l’intérêt du livre, dans les questions qu’il soulève.
Au cœur est le profit et le travail des industriels du lait, donc la question du machinisme introduit dans l’agriculture et enfin celle de la grande distribution qui vend le lait. C’est l’impératif du toujours plus de lait, donc du toujours plus de vaches, à exploiter en toujours moins de temps. Le fermier s’épuise, les vaches n’ont plus de vie de vache, mais ressemblent plutôt à des robots à produire du lait.
Les dessins de Julie Terssac sont faussement naïfs, avec des collages et un jeu de variations des couleurs. De plus, l’illustration joue à fond de l’hyperbole pour faire comprendre la saturation de l’espace fermier et donc de l’étroitesse des étables et des prés pour les vaches. La déshumanisation du métier s’inscrit dans l’anonymat des bêtes elles-mêmes.
Cette satire de la ferme des mille vaches éprouve l’humanité du fermier et l’animalité des bêtes. Alors, ensemble, les 1000 vaches et le fermier prennent le maquis, en quelque sorte, sortent des gonds du productivisme. Comme la chèvre de Monsieur Seguin les 997 vaches achetées pour combler l’élevage industriel, éprises de liberté, s’en vont dans la montagne trouver un paradis, un plateau secret des 1000 vaches…. Quant au fermier et à ses trois vaches, il se promet bien de ne plus jamais accepter les propositions du capitaliste imagé en homme-costume.
Valat Pierre-Marie, Le Tracteur, illustré par Pierre-Marie Valat et Gabriel Rebufello, Gallimard, collection Mes premières découvertes, 2015, 24 p. + 4 transparents, 9€ ;
C’est un numéro excellent de la collection qui, à une époque où les enfants sont de plus en plus étrangers à l’œuvre de culture de la terre, permet une prise de conscience de ce qu’est l’agriculture. A la fois précis sur les mœurs de l’agriculture, en prise sur le présent, l’ouvrage porte un regard technique sur le métier sans oublier, bien sûr, l’aspect mécanique de l’objet même du livre. Une bonne partie du volume s’emploie ensuite à présenter les différents types de tracteurs et donc de travaux humains liés à la terre avec une double page finale sur l’histoire qui l’a vu naître. 
morrice Fred, La Malédiction du béton, éditions chant d’orties, 2010, 215 p. 13€
Fred Morisse poursuit avec ce roman une œuvre singulière destinée à la jeunesse. Il prend pour thème la politique urbaine. Le récit dépeint de nombreux personnages pris dans leurs relations sociales, dans des immeubles de quartiers de grandes villes. A travers cette problématique l’humain et le politique sont intimement mêlés car, tout simplement, ils ne font qu’un. Les tragédies humaines qui se vivent dans ces quartiers voués à la destruction, Fred Morisse leur donne des visages, cherche à les faire ressentir. Autant qu’une réflexion sur l’urbanité, ce roman est une réflexion sur la vie comme espace et temps de relations sociales.
L’écriture directe de Fred Morisse agit sur l’histoire, la colorant d’une brutalité sociale qui colle à toutes ces politiques de rénovation urbaine qui déchirent des êtres, annihilent des lieux de vie, sous le poncif de la modernité et de la salubrité.
Un roman rare à lire et à faire connaître.                                                                    
Zemanel (d’après Jean de La Fontaine) Gonflée la grenouille ! illustré par Maud Legrand, Père castor – Flammarion, 2015, 24 p. 4€75
Inspirée de la troisième fable du livre I des Fables choisies à monseigneur Le Dauphin de La Fontaine (1621-1695), l’histoire de Fa-Dièse la grenouille transforme la morale initiale en une leçon de modestie dont la source est de savoir regarder le monde qui vous entoure. Et quand on accède à cette attitude devant la vie, on s’aperçoit, alors, que c’est l’importance de votre place sur l’échiquier social qui crée ou non l’admiration envers votre personne. Dommage que Zemanel n’ait pas poursuivi la leçon qui ‘aurait amené à une critique de la société inégalitaire.
Les illustrations de Maud Legrand, empruntant au dadaïsme et au trait des fanzines, fournit une introduction permanente à l’humour. La réécriture de la fable en conte par Zemanel a l’intelligence de jouer avec de nombreuse assonances et allitérations, d’accuser des rimes y compris internes pour rythmer le récit.
Thibaut C.D. Makou Fachina, Le Chasseur et les filles-oiseaux, contes fon du Bénin, bilingue français-fon, 2015, L’Harmattan, 99 p. 12€
La collection La légende des mondes est souvent chroniquée dans ces colonnes car l’œuvre éditoriale qui la sous-tend permet d’accéder à des traditions lointaines et rarement, voire jamais, présentes en littérature de jeunesse. Elle permet aussi au jeune lectorat d’entrer en contact avec l’écriture de langues de lui inconnues. Au fil des années, c’est un répertoire de contes traditionnels du monde entier qui se constitue. Une des richesses est par exemple ce que la collection offre de la culture fon du Bénin.
Tous les contes réunis sont des contes moralisateurs : convoitise, confiance, prudence face à l’inconnu qu’on croise dans les bois, orgueil et vanité, éloge de la ruse, la confiance au défi de la différence des sexes. Certains proposent des thématiques inusitées, comme celle du jumeau survivant, l’origine de la carapace des tortues, la polygamie face à la paternité, l’origine des seins chez la femme

Philippe Geneste

16/04/2017

Deux auteurs aux prises avec l’enjeu du roman historique pour la jeunesse

Daeninckx Didier, Avec le groupe Manouchian. Les immigrés dans la Résistance, éditions Oskar, collection Histoire et société, 2015, 118 p. 9€92
Cet ouvrage n’est pas une biographie de Manouchian. L’annexe du livre offre de substantielles informations sur tous les membres du groupe. Daeninckx a imaginé une fiction avec une héroïne enfant, Aliona, dont la mère a été arrêtée lors d’une rafle antijuive et dont le père s’est engagé dans la résistance. Elle va, dès lors, vivre d’appartement en appartement au fur et à mesure que la traque des résistants et résistantes par la police de Vichy se rapproche. On assiste, à la fin, au démantèlement du groupe.
Aliona et son père sont des personnages de fiction. Les autres personnages, pour la plupart, sont des personnages historiques. Le récit acquiert ainsi une force de vraisemblance qui le fait appartenir au genre du roman historique. Les faits évoqués qui structurent l’histoire se sont réellement passés. Où Daeninckx innove, c’est qu’ici contrairement à ce qu’on remarque dans la plupart des romans historiques destinés à la jeunesse, l’héroïne n’est pas au centre du récit. Certes, les événements l’éprouvent, mais c’est les activités du groupe Manouchian (composé de militants et militantes clandestins, clandestines) qui, étant consubstantielles au récit, finissent par s’imposer à la conscience des lecteurs et lectrices. Le dossier annexé confirme cette lecture. De plus, chose rare en littérature de jeunesse, Daeninckx réussit à faire advenir le mouvement de l’Histoire dans ce bref roman. La place des immigrés dans la Résistance ne peut que venir interroger le mépris qui les a accueillis après la seconde guerre mondiale et aujourd’hui encore. En détaillant les parcours des uns et des autres, Daeninckx permet aux jeunes de comprendre les ressorts de l’antifascisme et de la lutte en faveur des immigrés. C’est pourquoi, d’ailleurs, l’auteur évite la stéréotypie, ambiante dans le secteur de la littérature de jeunesse, qui nappe les faits historiques par le discours uniformisateur des droits de l’homme. Ici, la question de la dignité humaine n’est pas posée de manière abstraite, mais à travers la singularité des engagements de la vie. Et c’est, sans nul doute, une leçon de vie autant qu’un apport littéraire à l’Histoire.
Certes, on peut regretter le flottement dans la narration. En effet, l’histoire est écrite à la première personne, mais les dialogues insérés, les extraits de documents introduits, viennent tordre un peu ce dispositif de la narratrice personnage. C’est probablement la volonté didactique, qui a imposé cette entorse narrative, poussée peut-être à cela par le nombre de pages (le livre est déjà épais pour cette collection). En revanche, l’atmosphère de la clandestinité est évoquée avec érudition et perspicacité.
L’intelligence historique du romancier est de livrer au jeune lectorat les éléments du débat sur la Résistance, ses composantes et la place de la MOI ou FTP-MOI (Francs-tireurs partisans / Main-d’œuvre immigrée) aussi bien dans la genèse des mouvements de la Résistance que sur la question de l’autonomie des groupes qui la composent. Daeninckx excelle dans les descriptions qui permettent au lectorat de se représenter les logements et la vie dans les rues de l’époque. Cette inscription prégnante dans la temporalité historique est une autre qualité de ce récit qu’on ne peut que recommander.

Levaray, Jean-Pierre, Faire quelque chose, illustrations Brigitte Roussel, éditions chant d’orties, 2015, 79 p. 8€
Inspiré de faits réels dans la région de Rouen, le roman de Jean-Pierre Levaray met en scène la classe ouvrière durant la seconde guerre mondiale, dans son apport à la Résistance. Le récit suit un groupe de personnages, travaillant aux ateliers SNCF et s’organisant au fil des mois en groupe clandestin pour combattre l’occupant. Des actions de sabotage, interne aux ateliers, aux attentats à Rouen, le jeune héros fait un double apprentissage. Il apprend d’abord à refuser la soumission, avec l’acceptation conséquente des privations et pertes que cela entraîne, y compris la mise en danger de proches. Il apprend ensuite la solidarité dans la lutte pour la liberté contre la répression. De mars 1941 à avril 1942, comme souvent dans les périodes de luttes intenses, la maturation des idées et des comportements afférents est à son comble.
Le roman est écrit à la première personne afin d’amener les jeunes lecteurs et lectrices à une identification au héros. Est-ce ce choix, est-ce la volonté d’éviter le didactisme, toujours est-il que le récit évite les questions qui fâchent sur une période de crise de l’identité historique nationale. Rien n’est dit en effet sur les oppositions de conceptions de la résistance. Rien n’est explicité sur l’enjeu pour la bourgeoisie de la collaboration. Ce n’est tout simplement pas le propos de l’auteur, et on ne peut pas lui en faire grief, même si l’intelligence de l’intrigue et de la composition du récit aurait supporté un tel élargissement du propos. Le récit aboutit à « un conseil. Faire quelque chose », qui sonne trop comme l’idéologie ambiante de l’engagement de la jeunesse promulguée par les textes officiels de l’éducation Nationale pour pouvoir espérer les transgresser, ce qui est sans nul doute le propos de Jean-Pierre Levaray. L’ultime chapitre retrouve le héros soixante-dix ans plus tard, devant une classe de troisième : « il y a toujours des moyens de résister », « il faut toujours faire quelque chose. Pour la liberté, la sienne et celle des autres, contre les injustices, pour ses droits ». Cet épilogue évite adroitement d’intégrer le didactisme dans la voix du narrateur pour le glisser dans la composition même du récit.
Cet excellent roman interroge, ainsi, ce qu’il est convenu d’appeler « l’esprit de résistance » au nom duquel se lève régulièrement des entreprises à l’idéologie citoyenniste, inscrites jusque dans les prescriptions ministérielles de gouvernements qui, pourtant, œuvrent inlassablement à la soumission et à la subordination des libertés de chacun à l’intérêt général, national. De plus, le roman de Jean-Pierre Levaray, écrit dans un style de haute clarté, met en scène, fait si rare, la classe ouvrière et des enfants des exploités, ce qui, en soi, lui donne une place particulière dans le roman historique pour la jeunesse.

Philippe Geneste

09/04/2017

Est- ce d’amour ou d’amitié ?

Drakeford Lisa, Baby bad trip, edition Milan, 2016, 222 pages, 13€90
Dès son commencement, le roman bouleverse.  Nicola, meilleure amie d’Olivia qui fête ses 17 ans,  donne naissance à une petite fille dans la salle de bain.
Baby bad trip révèle les liens qui unissent cinq jeunes (trois filles, deux garçons), et les histoires, peines et joies d’adolescences tourmentées, invitant les lecteurs, lectrices du même âge à se retrouver. Le roman se décline en cinq mois –février, mars, avril, mai, juin–, formant cinq chapitres, chacun consacré à l’un des cinq personnages.
Ainsi le mois de février est-il celui d’Olivia. C’est son anniversaire. Olivia est une belle jeune fille de dix-sept ans, gentille, populaire, charmante. Née de parents petits bourgeois, elle mène une vie confortable, troublée cependant par la différence d’Alice, sa petite sœur, et la violence de Jonty, son petit ami. Mais rien ne laissait supposer le sang-froid dont elle fait preuve en aidant Nicola, sa meilleure amie, à accoucher. Rien ne laissait non plus deviner le chagrin que lui infligent Nicola et Jonty  lorsque, ayant intercepté un échange de regards, elle les soupçonne de l’avoir trahie. Pour elle, et cette pensée fait force de vérité, le jeune homme est le père du bébé. dès la fin du premier chapitre, elle rompt avec eux ses liens d’amitié et d’amour Cependant, au cours du roman, elle retrouve sa meilleure amie, se réconcilie avec elle. Par ailleurs, forte d’un nouvel amour, un autre jeune homme, elle ébauche avec Jonty une relation d’amitié sereine.
Mois de mars : c’est le mois de Nicola. Avant la naissance de sa petite fille Elisa, Nicola vivait seule avec sa mère. Celle-ci travaille à la cantine scolaire pour un maigre salaire. Maintenant Nicola se consacre nuit et jour à son enfant. Elle a dû arrêter ses études et délaisser ses projets d’avenir (être styliste). Elle affronte les services sociaux et leurs chants de sirène pour l’inciter à abandonner la petite et à la faire adopter. Elle doit souffrir les commérages des voisins, la médisance. Elle doit lutter contre la solitude, l’angoisse et la fatigue face aux pleurs d’un petit bébé. Mais au fil du temps sa mère, d’abord très distante, prend soin de l’enfant, l’aide et la conseille.
Sa brouille avec Olivia la blesse, et elle-même ne comprend pas ce qui l’a poussée dans les bras de Jonty, qui ne l’attirait pas… Identification à son amie ? Jalousie ? Désir d’enfreindre l’interdit ? De se prouver quelque attrait et d’éprouver sa séduction dans cette relation qu’elle interrompt rapidement ? Cependant Alice, la petite sœur d’Olivia, vient lui rendre visite, ainsi que Ben, leur ami commun et qui, petit à petit,  permet la réconciliation des deux jeunes filles.
Mois d’avril, et voici le portrait d’Alice. Elle est âgée de onze ans et éprouve un syndrome particulier qui la rend différente, avec une intelligence profonde pour les mathématiques et la logique, mais des difficultés à s’intégrer, à saisir les codes sociaux, en particulier ceux de ses pairs, au collège. Désemparée, face à la méchanceté qu’elle affronte seule, elle se réfugie dans son monde intérieur. Très intriguée par la naissance d’Elisa, elle se rapproche de Nicola, quasi abandonnée par tout le monde, et prend une part active aux soins donnés au bébé. Exclue, et même tourmentée par ses camarades de classe, elle n’a de cesse d’essayer de les comprendre. Sa solitude et ses souffrances vont s’interrompre grâce à la rencontre avec une jeune fille de son âge et vivant le même syndrome qu’elle. Par sa différence, sa quête de compréhension, son regard naïf et profond sur les évènements, Alice est un des personnages les plus touchants du roman.
Mois de mai, et nous nous approchons de Jonty. Après la fuite de sa mère et fils illégitime et rejeté d’un notable, Jonty vit seul avec sa grand-mère. Est-ce l’abandon de sa mère et l’absence de son père qui l’ont rendu écorché vif et violent ? Et pourquoi cette violence est-elle à son paroxysme face à la jeune fille qu’il aime depuis toujours, Olivia, surtout dès qu’il sent leur amour menacé : par exemple, si elle sourit à un ami, si elle porte un vêtement trop seyant ? Pourtant, ce n’est pas cette violence ni ses gestes brutaux qui sont la cause de leur rupture : la jeune fille rompt dès qu’elle devine la trahison de Jonty avec sa meilleure amie, Nicola, et qu’elle le soupçonne d’être le père du bébé. Au cours du roman, cependant, tandis qu’Olivia a un nouvel amoureux, Jonty se rapproche de Nicola, si douce et voluptueuse. Dès lors, son trouble pour les deux jeunes filles n’est plus douloureux, ses sentiments pour elles deux sont apaisés. Sa relation avec la petite Elisa, qui lui est confiée comme son enfant, et dont il apprend à comprendre les besoins, et dont il commence à s’occuper, lui fait s’affranchir de ses angoisses d’abandon, donne un sens à sa vie ; il éprouve pour la petite une paternité farouche.
Mois de juin, celui de Ben. Le roman se clôt sur l’anniversaire de Ben, au mois de juin. Ses parents ayant divorcé lorsqu’il était enfant, Ben vit avec sa petite sœur, sa mère et son beau-père –homophobe. Méprisé parce qu’homosexuel par cet homme, Ben est un adolescent délicat et sensible. Meilleur ami et confident d’Olivia et de Nicola, il soulage leurs peines réciproques et permet leur réconciliation. C’est lui qui a trouvé le prénom du bébé, Elisa, qui veut dire joyeuse, et il s’en occupe très souvent.
La fête de son anniversaire lui permet de parler à un jeune homme qui l’attire et peut-être de transformer un sentiment d’amitié en amour.

Ainsi les liens d’amour et d’amitié, si confus parfois aux adolescents, se mélangent ici en des couleurs chatoyantes ou délicates qui s’emmêlent. La dernière révélation -Nicola se rendant compte de son erreur dans les dates de la conception d’Elisa- a semblé très cruelle à la commission Lisez Jeunesse. Elle reproche au roman de trop s’appuyer sur les émotions, qui nuisent à une réflexion sociale comme elles fomentent l’évitement tant de la maternité que de la paternité.
Cependant la lecture ouvre grandes les portes au rêve. L’histoire dépasse le roman, elle n’est pas figée, ni terminée. C’est aux lectrices, lecteurs d’en inventer la suite, parmi les mailles sensibles de leur imagination adolescente.

Annie Mas

01/04/2017

Oraison d’altérité

De Cadier Morgane, Chut ! Illustrations de Florian Pigé, éditions Hongfei, 2017, 40 p. 15€50
L’injonctive interjection, qui sert de titre à l’album, en annonce la teneur : traiter la relation sociale à travers une situation dialogique. La relation implique deux termes, deux êtres, deux personnes. Le phrasillon –le mot est du linguiste Tesnière- « chut ! » est un phrasillon d’ordre qui induit un rapport à la loi. Le personnage, qui le prononce à tout bout de champ, est un lapin blanc. Il s’adresse à un lapin noir, son voisin. Si on met de côté l’anthropomorphisme, plusieurs types de relations sociales sont ainsi convoqués : la différence de couleur de la peau, relation de voisinage, rapport aux différences de meurs. De plus, le récit devient une méditation sur la maîtrise de soi, sur les émotions, sur le bien être et son corollaire, le rapport aux autres.
Le dessin installe aussi ces problématiques en posant d’emblée l’attitude impérative du lapin blanc à laquelle s’oppose l’attitude d’incompréhension et d’accueil déçu du lapin noir. De même, la maison de l’un est close, non ouverte aux vicissitudes du temps, l’autre est toujours ouverte.
Pour faire progresser le récit, l’autrice passe, avec intelligence, par une allégorie, celle de l’oiseau qui niche sur le toit de la maison de Franklin, le lapin blanc. Plus ce dernier crie sur l’oiseau, lui profère des ordres et une cessation impérative de chanter, comme il a coutume de se comporter avec son voisin qui aime faire la fête, l’oiseau grossit, grossit jusqu’à ce que la maison croule et s’écroule sous son poids. La finesse est ici de passer non par du dialogue ou une situation conflictuelle rapportée, mais de laisser intacte l’autarcie du lapin autoritaire pour observer les conséquences de son refus de l’autre, de son mépris de ce qui l’entoure.
Ici point de morale ou de jugement d’immoralité, juste une situation banale artistiquement traitée pour rendre compte de la nécessité d’accepter l’autre pour être soi, pour se découvrir soi-même. A la fin, le lapin noir vient en aide à son voisin qui, peu à peu, se rend à la vie sociale en chassant de sa bouche l’interjection répulsive, celle qui exclut. Quand la relation en réciprocité prend le pas, l’individu cesse de crouler sous la solitude où l’enferment ses anathèmes et entre en attractivité culturelle avec les autres. Sa maison s’ouvre comme lui-même s’ouvre à la représentation des autres et d’une nouvelle vie.

Baussier Sylvie, Les Autres mode d’emploi, oskar, 2014, 84 p. 6€
Ce récit documentaire sur l’autisme et plus spécifiquement sur le syndrome d’Asperger est écrit à la première personne, sans doute pour aider le jeune lectorat à épouser la cause des autistes, à mieux comprendre leurs réactions et la cohérence de leurs comportements dans la vie sociale. On suit un enfant de 6 ans et 3 mois, d’un institut médico-éducatif à l’école puis au collège. Le narrateur est cet enfant ayant atteint l’âge de 11 ans et se trouvant en sixième. Avec des situations très concrètes, Sylvie Baussier fait comprendre la différence du jeune autiste et laisse percer des leçons d’humanité à travers des attachements, des manies, l’incapacité au mensonge.
Le récit décrit comment l’autre peut porter atteinte à notre intégrité, comment, aussi, cet autre est indispensable à la construction de soi. Une belle réussite de la collection court métrage.

Palluy Christine, La Moufle, illustrations de Samuel Ribeyron, Milan, 2015, 40 p ; 9€90
Voici un album composé sur le modèle du classique Les Bons amis. La situation inventée est quelque peu surréaliste, puisqu’une moufle perdue dans la neige va servir de tente abritant des animaux frigorifiés dans un univers où hommes et animaux vivent en harmonie et dans l’entraide. La solidarité qui amène chaque animal à accepter de côtoyer un prédateur et chaque prédateur à respecter sa proie d’avant, se mue assez vite en narration éthique parlant de paix et de respect des autres pour se respecter soi. Les illustrations de Ribeyron épousent par le travail graphique des paysages et arrière-plans la finesse de l’écriture de Palluy pendant que le trait, proche de celui des comix, qui pose chaque personnage sur la page, invite à l’humour. Le décalage n’est pas sans rappeler ou plutôt renforcer le glissement léger vers l’univers surréaliste porté par la situation. Au fond, La Moufle est une fable sans morale que l’on peut lire aux petits enfants à partir de 5/6 ans mais qu’on donnera à lire aux petits dès 8 ans avec grand bénéfice.

Philippe Geneste

26/03/2017

Au plaisir perché de deux romans devenus des classiques

Calvino Italo, Le Baron perché, traduit de l’italien par Juliette Bertrand, revue par Mario Fusco, notes et carnet de lecture par Nathalie Rivière, Gallimard jeunesse collection folio junior, 2016, 373 p. 8€20
« Il se passait avec le personnage quelque chose d’insolite :
 je le prenais au sérieux, je m’identifiais à lui »
Italo Calvino
Après une épopée, où l’intérêt pécuniaire de l’agent et des ayant droits a fait s’absenter des librairies les œuvres de Calvino, jusque là traduites au Seuil, Gallimard en est devenu l’éditeur (1). Voulant mettre rapidement sur le marché une œuvre majeure de l’auteur italien, l’édition en folio junior reprend telle quelle la traduction des éditions du Seuil. Le Baron perché appartient à une trilogie, Nos ancêtres comprenant : Le Vicomte suspendu (1952), Le Baron perché (1957), Le Chevalier inexistant (1959), où s’expriment, le mieux, les dons de fabuliste et la verve de conteur de Calvino (1923-1985), entre réalisme et fantastique ou plutôt merveilleux.
Le héros du roman vit perché dans un arbre et ce à partir de la révolution française jusqu’à la Restauration… La situation grotesque rend illusoire tout crédit apporté à l’histoire. Ce qui compte, ce sont les pensées intérieures, les allers et retours entre le dit et l’à dire, les reprises, les détours de ce par quoi s’opèrent des décisions de vie. L’écriture de Calvino est fondamentalement mobile comme le disait son éditeur au Seuil, François Wahl. La biographie de Côme Laverse du Rondeau est racontée par son frère. Ce narrateur a donc vécu les faits. Il écrit : « Ce que je vais raconter, comme bien d’autres parties de ce récit, m’a été rapporté par Côme lui-même, plus tard, ou bien je l’ai tiré moi-même de témoignages dispersés et d’inductions personnelles » (p.29).
Situé entre 1767 (date où Côme Laverse du Rondeau décide de ne plus vivre que dans les arbres) et 1815 (soit, approximativement, peu après la mort du héros), le roman est une exploration des lumières italiennes et en même temps un récit historique : avec la proclamation de la république ligurienne à Gêne en 1797, la soumission de l’Italie à Napoléon 1er, l’occupation du royaume de Naples (1806/1808)…
Plus que roman historique, Le Baron perché est une réflexion sur l’exil et son corollaire, la révolte. L’arbre représente l’éloignement géographique et en même temps, une vie recommencée au plus près de la nature. Côme se fait presque oiseau, accentuant ainsi la distance avec la société humaine vue de loin, de haut, donc vue aussi d’un œil véritablement objectif. Même si toutes les histoires, « de vraies qu’elles étaient, devenaient imaginaires », ce que le personnage raconte est un juste pont étroit entre le réel et la représentation objective recherchée pour le maîtriser… Et ce à l’image de l’univers arboricole du roman : « Le monde désormais s’était transformé : il était fait de ponts étroits et incurvés tendus dans le vide, d’écorces où nœuds, écailles et rides semaient leurs rugosités ; il baignait dans une lumière verte qui changeait avec l’épaisseur et la consistance du rideau de feuilles ».
Ainsi, par la poésie, Calvino renoue-t-il avec le conte philosophique voltairien, et ce n’est pas un hasard si Voltaire est convoqué dans l’histoire elle-même de la fiction.
Philippe Geneste
(1) Voir l’excellent article de Nathaniel Herzberg, « Tempête autour de Calvino », Le Monde 12 janvier 2013
*
Fournier, Alain, Le Grand Meaulnes, notes et carnet de lecture par Jean-Noël Leblanc, Gallimard, collection folio junior, 2016, 333 p. 4€60
On le sait, le réalisme merveilleux est une marque de la crise du roman du tournant du XIXème au XXème siècle. Le récit tend à s’effacer au profit de la poésie, de l’étude psychologique ou de l’autobiographie qui viennent tarauder le réalisme dans le patron duquel est dépeint l’univers provincial de la campagne et de la vie du village solognot. Dans le style d’Alain Fournier, de son vrai nom Henri-Alban Fournier (1886-1914), on sent l’influence de Margueritte Audoux. Il déborde cette influence en y apportant une liaison nouvelle entre rêve et réalisme, entre féerie des aventures des personnages et précision des décors, entre besoin d’irréel et description rigoureuse des réalités psychologiques des adolescents. .
Le propre des chefs d’œuvre est peut-être de ne pouvoir pas être réduit à un commentaire biographique. Dépassés ici les élans mystiques de Fournier, dépassées les explications psychologiques par la vie sentimentale de l’auteur, dépassé le conformisme idéologique d’Henri Fournier : le style, l’univers créé sont une même offrande au lecteur, offrande renouvelée à chaque nouvelle lecture, offrande pour aller puiser, dans un voyage intérieur, les ressources de sa propre vie face au monde environnant. Que le roman soit paru en pleine crise du roman lui confère une fonction d’illustration des tensions entre vie réelle et onirisme, entre aventure objective et rêve intérieur de vie. Le Grand Meaulnes y répond par un équilibre fragile bien que permanent, où les repères temporels se brouillent autant que les personnages s’égarent dans leurs cheminements respectifs.
N’est-ce pas à cette jointure des opposés, à ce carrefour des contradictoires traitements de l’intrigue, que se trouve, justement, un point d’intemporalité du roman, c’est-à-dire cet espace où l’intériorité reconstructrice de la vie et l’extériorité contraignante du parcours personnel trouvent un havre de paix : éphéméréité d’une construction du réel et pourtant profondément irréelle ? Nous avons parlé d’intemporalité, mais peut-être devrions-nous évoquer une transfiguration de la vie, nécessaire à la vie même.

Philippe Geneste

19/03/2017

L’histoire en planches

Cuvillier Damien, Galic Bertrand, Kris, Nuit noire sur Brest, Futuropolis, 2016, 80 p. 16€
Le 29 août 1937, un sous-marin républicain espagnol entre en rade de Brest, le temps d’une réparation… Mais les autorités françaises ne voient pas d’un bon œil cette intrusion de la guerre d’Espagne sur son territoire et refuse d’assister l’équipage. En même temps, Troncoso, un franquiste aux dents longues, organise un commando pour s’emparer du navire. Au sein de l’équipage, se côtoient des communistes, des anarchistes et des marins sans conviction politique déclarée. La bande dessinée, sur un scénario efficace, fait revivre cette péripétie de la guerre d’Espagne. Une longue postface de Patrick Gourlay met en perspective le récit, jette un éclairage d’érudition sur les protagonistes. Il montre les relais français du franquisme, notamment la Cagoule, le rôle ambivalent du gouvernement de front populaire au moment du procès de Troncoso en 1938.
Cet ouvrage est à acquérir par tous les centres de documentation et d’information, par toutes les bibliothèques ouvertes à la jeunesse. La maîtrise du scénario, et la maîtrise du dessin et des couleurs en font un livre instructif par le divertissement.

Angux, Avery’s blues, dessin Tamarit, traduit de l’espagnol Amaia Garmendia, Steinkis, 2016, 80 p. 17€
Cette bande dessinée s’inspire du mythe de Robert Johnson (1909-1938) pour raconter l’histoire de deux jeunes bluesmen en quête de la meilleure musicalité instrumentale guitaristique. Les dessins offrent des silhouettes vagues, tendant à l’informe, au milieu de décors et paysages en ocre, marron, couleur terre brûlée, soleil brûlant, nuits et crépuscules d’ombres et d’obscurité envahissantes. Robert Johnson fut longtemps le bluesman sans visage, aux noms multiples d’une « ascendance obscure » (1), au jeu singulier et torturé, aux chants tourmentés, mort de manière mystérieuse, et dont les idolâtres sont convaincus qu’il signa un pacte avec le diable, ce dont attesterait sa chanson Crossroads (« je suis allé au carrefour, je suis tombé à genoux et j’ai imploré Dieu d’avoir pitié et de sauver ce pauvre Bob ») ou Hellhound on my trail (ces chiens de garde de l’enfer qui le poursuivent).
La bande dessinée revisite le mythe d’assez près. Steven Johnson, son petit fils, rapporte ainsi qu’en « 1930 Robert a quitté le Delta pour revenir à Hazlehurst, sa ville natale. Alors qu’il cherchait son père, il a rencontré un bluesman, Ike Zinnemon, et il a commencé à le suivre partout où il allait (…) Ike a fini par le considérer comme son frère. Tous deux ont joué dans plusieurs juke joints et ont même un peu tourné dans les environs, le tout pendant quelque deux ans. A son retour dans le Delta, Robert jouait magnifiquement bien de la guitare alors qu’il n’était à priori pas doué, et les autres artistes lui demandaient comment il avait fait, s’il n’avait pas vendu son âme au diable » (2). C’est quasi le scénario du récit d’Angux et Tamarit. Il faut ajouter à cette proximité biographique, le périple de 1920 où Robert Leroy Dodds Spencer (sa mère ayant pris un nouveau mari) « retourne vivre dans le Delta autour de Robinsonville, sur la plantation Abbay & Leatherman, il sait déjà jouer de la guitare » (3), ce qui est à peu près le trajet des deux bluesmen de la BD. Les époques sont juste mises en collusion pour parfaire l’univers fantastique que le dessin installe avec rudesse.
L’intelligence du scénario est d’amener le trouble, chez le lecteur, sur le héros du récit : est-ce Avery, que l’on suit depuis le début et qui a fait un pacte avec le diable, dans le dessein de mieux jouer ? Est-ce Johnny, le pauvre gosse du voisinage maltraité par ses parents ? En fait la fin seule nous fait comprendre que c’est plutôt Johnny. Avery son initiateur ou plutôt son initiatrice à la musique, car en fait, sous une dégaine de garçon, Avery est une fille qui a fui la condition d’exploitée des femmes noires. Dans cette atmosphère étrange où domine l’ambiguïté, on voit le diable jouer avec les deux personnages pour les corrompre. Avery mourra au carrefour, Johnny triomphera dans les fêtes, les bars et les juke joints. Sous le regard satisfait du malin, Johnny poursuit sa route jusqu’au jour où il paiera son dû au Démon, car lui aussi, laisse entendre l’histoire de retour au mythe, sera « appelé par une force “diabolique” vers le croisement des routes du Delta » (4).
Cette thématique est issue, dit Gérard Herzahft, d’une superstition d’origine irlandaise « où le diable se tapissait au croisement des chemins achetant l’âme des fiddlers en leur donnant un talent “diabolique” était courante dans le sud des Etats-Unis » (5). Le livre vaut ainsi pour sa dimension culturelle autant que pour sa description historique d’un phénomène musical aux racines sociales exacerbées.
Philippe Geneste

(1) Gérard Herzaft, « Robert Johnson superstar de l’outre-tombe », Soul Bag n°2013, juillet-août-septembre 2011, pp.18/23 / p.18 – (2) propos recueillis par Daniel Léon , « Johnson on my trail », Soul Bag n°2013, juillet-août-septembre 2011, pp.28/30 / p.30 – (3) Gérard Herzaft, « Robert Johnson superstar de l’outre-tombe », Soul Bag n°2013, juillet-août-septembre 2011, pp.18/23 / p.20 – (4) Gérard Herzaft, « Robert Johnson superstar de l’outre-tombe », Soul Bag n°2013, juillet-août-septembre 2011, pp.18/23 / p.20 – (5) Gérard Herzaft, « Robert Johnson superstar de l’outre-tombe », Soul Bag n°2013, juillet-août-septembre 2011, pp.18/23 / p.21